Friday, June 9, 2017

La vie sociale, et non seulement la vie collective, exige que l'on, jusqu'à un certain point sinon totalement, se dépouille de son individualité à soi. Le sujet individuel ne saurait être un sujet collectif sans le sacrifice, volontaire ou/et contraint, de son originalité. Faute de cela, le poète, le philosophe, l'artiste risquent d'être pris pour des  criminel

Le philosophe ne peut s'adresser à la foule autrement que dans le langage de la foule, sans déchoir. Dilemme du philosophe: on lui demande de parler, mais ce n'est pas le philosophe que l'on veut entendre.

On ne peut parler aux autres,s'adresser à eux que si on croit  qu'ils parlent un langage identique au sien, qu'ils en tout cas le peuvent comprendre. Il s'agit là d'une attitude qui peut s'avérer dangereuse.


Sunday, February 19, 2017

Difficile d'accepter que la plupart des gens ignorent qu'ils ne sont pas libres, qu'ils sont, au fond, des esclaves; ils en sont parfaitement conscients, mais ils n'en savent rien; ou n'en veulent rien savoir.

Je surpris l'autre jour une conversation dans le métro; au début, je n'y faisais pas attention, mais comme les deux jeunes qui étaient assis devant moi ne cessaient de mentionner un nom-----c'était quelque chose comme Aboma, Opama, bref un nom pour moi incompréhensible-----, je ne pus m'empêcher de leur demander, m'excusant de mon indiscrétion, qui était ce Panama. Ils n'eurent pas le temps, tant ma question les dut surprendre, de me faire réponse. Cependant, un vieux monsieur assis en face d'eux eut vite fait de m'apprendre, non sans me jeter un regard plein de mépris  et en hurlant tellement fort que je le crus atteint de folie subite, qu'Opama était un clown connu dans le monde entier et qui faisait un véritable tabac dans toutes les capitales européennes.

C'est un bien lourd fardeau que d'être le fils d'un ministre, d'un homme d'Etat; mais pas forcément partout.

On est toujours soi-même, quelque rôle qu'y aient pu avoir les autres, l'auteur de ses infortunes, de ses malheurs.

Patauger dans la boue, il y a des gens qui ne font que ça et qui n'en laissent rien voir; du moins en apparence, mais ils ne sont pas moins sales.

Socrate savait qu'il ne savait rien; mais peut-être croyait-il seulement savoir qu'il ne savait rien.




Tuesday, January 31, 2017

Sur l'invisible écran par les soins conçu et aménagé, infiniment  laborieux semble-t-il, bien que l'on n'y puisse la moindre trace déceler de quelque effort autre que celui d'une oisiveté soucieuse d'en finir avec l'ennui dont elle se, à sa manière, sustente avec un bien féroce appétit, des lacunes de la mémoire à la rescousse urgemment, mais silencieusement, et comme furtivement,  appelées pour substituer à la frustration dictée par les sombres exigences de diaboliques circonstances un foisonnement d'ombres et de reflets dont la suprême inefficacité ne trompe, cependant, personne, hormis les naïfs bien entendu, inlassablement persiste, et aussi longtemps durera que le malentendu conservera son redoutable pouvoir de séduction, fût-ce par intermittences, la fascination exercée par des semblants de création que rien n'autorise, si ce n'est ici une attitude savamment calculée d'altière indifférence, là un enthousiasme immodéré, mais qui s'ignore, pour des pacotilles point encore reconnues pour ce qu'elles sont, en attendant que vienne l'improbable moment de la fort cruelle, quoique nécessaire, révélation, plus impérieuse que celle attribuée à quelque propos réputé divin, confirmant le gâchis auquel on aura, avec l'innocence d'un somnambule, réduit l'essentiel d'une existence qui, en elle-même, ne valait déjà grand-chose et ne promettait rien de plus grandiose que de charmantes illusions.

Sunday, October 16, 2016

Ceux qui ne comprennent point mes textes, mais qui, néanmoins, persistent à me lire, ont bien quelque chance de me comprendre un jour, d'en arriver même à trouver que mes textes sont incroyablement limpides, me confiait quelqu'un qui passe pour désespérément hermétique. Il préféra, mes questions nonobstant, ne rien dire ausujet de ceux qui étaient convaincus de comprendre non seulement ce qu'il écrivait, mais même ce qu'il n'écrivait point; sans la moindre difficulté.

Est-il possible de parler sans dire des bêtises? Oui, mais à condition d'écrire en parlant et de ne point chercher à communiquer.

On demande souvent aux écrivains, aux artistes, aux vrais---et non seulement à ces médiocrités qui croient écrire---ce qu'ils ont voulu dire, voulu faire. Exista-t-il jamais question plus sotte? N'ont-ils point, ces écrivains et artistes,  écrit?

Rencontrant pour la première fois certaines personnes, on aurait envie de leur dire que hier encore on ne les connaissait pas et qu'on s'en trouvait infiniment mieux. Y comprendraient-elles, cependant, quoi que ce soit?


La plupart des humoristes sont bêtes, méchants, vulgaires, agressifs et cruels; seule exception peut-être: Alphonse Allais, mais Allais, en lequel Gérard Genette voyait, voit notre maître à tous, n'était certainement pas qu'un humoriste.

Il est bien possible que seuls les morts ne, étant déjà morts, désirent mourir; et pourtant, il y tant de vivants qui sont en fait des morts.





Wednesday, August 24, 2016

Quel écrivain ne se sentirait déshonoré et sali de s'entendre dire qu'il a une belle écriture, qu'il écrit bien, que l'on prend un plaisir immense à le lire! Sans doute est-ce le rôle d'un amuseur, d'un(e) prostitué(e), voire celui d'un politicien, de plaire, de procurer du plaisir; en peut-on dire autant d'un écrivain?

La vie moderne est un tel emprisonnement, un tel esclavage, que le plaisir y a pris une importance démesurée, mais qu'est ce plaisir-là , si ce n'est une bien insignifiante consolation, un exutoire fade, insipide et, même, coûteux? Même les êtres humains n'ont pas toujours été soumis à un tel environnement, mais il semble qu'on l'ait oublié.

Le spectacle d'un animal enfermé, n'importe où et pas seulement dans une cage, est quelque chose d'horrible, d'insoutenable; que dire alors de celui d'un homme dans les fers? Seul l'être humain éprouve le besoin ou le désir d'enfermer, de mettre en cage; cela seul devrait suffire à rappeler que les hommes sont des êtres inférieurs.

Tel se croit libre qui, en fait, est esclave de multiples influences, de bien des préjugés; ce n'est pas aussi grave que l'école,que  l'asile, que la prison ou le travail, mais c'est peut-être incroyablement plus sale, d'autant plus sale que les influences que l'on subit le plus et le plus intensément sont celles que l'on récuse avec fureur et/ou celles dont on n'est même pas conscient.

Il est exceptionnel, peut-être même impossible de comprendre quoi que ce soit au moment même où cela se passe, mais ce n'est pas l'avis des imbéciles. On n'en aurait rien à foutre, s'ils n'étaient si nombreux; mais ce sont eux qui, un peu partout, triomphent, qui exercent une véritable dictature, comme le démontre superbement le suffrage universel.

Comment peut-on se dire le disciple, ou même l'admirateur de qui que ce soit? Il vaut encore mieux être croyant et fréquenter des lieux de culte; non?






Wednesday, July 27, 2016

La page blanche n'est pas la page blanche; il ne s'ait pas d'une réalité qui existerait déjà, mais d'une nécessité qui n'est pas encore et qu'il faudra construire à partir de rien.

Friday, July 8, 2016

L'homme descend-il du singe? Ce qui est indéniable, c'est que les hommes adorent singer et sont friands de singeries.En sont-ils, ceux-là aussi, des descendants du singe? Oui, mais à condition de préciser que ce n'en sont que des perversions.

Si l'Humanité évoluait un peu plus rapidement, sa destruction eût déjà été chose faite. Mais ne désespérons pas: on en aura bientôt fini avec l'humanité de ces étranges créatures que l'on dit humains. A ces imbéciles qui me demanderaient si je ne suis humain, moi aussi---comme si cela les concernait----, je dirais que j'espère bien n'être pas humain ou ne plus en être un bientôt.

Avec la liquidation de l'humanité des êtres humains, commencera l'ère des surhumains, sauf si avant même ladite liquidation, les êtres humains, pas tout le monde, ont déjà procédé à l'extermination de toute forme de vie, car les êtres humains, des êtres incurablement inférieurs, ne redoutent rien tant que la venue du surhumain.

Il ne s'agit pas de tuer tous les êtres humains, mais, encore que ce ne soit peut-être pas une mauvaise idée d'en, comme on dit, envoyer ad patres un bien grand nombre d'entre eux, d'abolir leur humanité, la cause principale de ce que j'ai ailleurs appelé leur mauvaiseté.

Bien des êtres humains  (la majorité?) en sont toujours à un stade animal de développement, mais, même dans le pire des cas, ils ne sauraient être aussi dangereux que ceux que leur humanité distinguerait.

A quoi reconnaîtrait-on un être surhumain? Simplement à ceci que, passé un certain âge, il ne serait plus l'otage de tout désir mimétique?