Wednesday, May 12, 2021

 On ne peut jamais être sûr d'avoir raison, mais on peut au moins s'efforcer de ne pas avoir toujours tort.

Qui, sauf un voleur, affirmerait que tout le monde vole? Mais en admettant que tous les autres volent - ce qui est loin d'être vrai -, serait-ce là une justification pour qu'on s'amuse à voler, soi aussi?

Il n'est pas malhonnête, parce qu'il est trop fier pour l'être.

On n'est jamais suffisamment intelligent ou vertueux;  par contre, on est toujours trop rusé ou ignorant.

Ceux qui n'ont jamais rien eu ont les moyens de se contenter de peu; pas les autres.

Les gens qui ont l'air modeste sont quelquefois vraiment modestes, mais la plupart du temps ...



Friday, April 30, 2021

 Quand on est incapable d'écrire de bons livres, on devrait au moins s'efforcer d'en lire qui méritent d'être lus.

Plus d'un, conscient de n'être point doué pour l'écriture, s'est tourné vers la lecture pour finir par se découvrir des talents d'écrivain.

Il se croyait écrivain; apparemment d'autres aussi le tenaient pour écrivain. Mais peut-être faisaient-ils seulement semblant.

C'est une forme de cruauté que de dire à un écrivain médiocre qu'il a du talent, quand on sait très bien qu'il n'en a point.

Bien des hommes politiques aiment  à s'entourer d'écrivains, d'artistes, d'intellectuels, mais il s'agit toujours d'écrivains, d'artistes et d'intellectuels fort médiocres, soit parce que les hommes politiques craignent d'être ridicules en la compagnie de gens intelligents, soit parce que les personnes intelligentes, quand elles ne se laissent pas impressionner même par des chefs d'Etat, méprisent les hommes politiques.

Les chefs d'Etat se veulent presque tous écrivains, sans doute parce qu'ils n'ignorent pas être des ploucs la plupart du temps. Senghor aura été la grande exception à cette espèce de loi qui veut que les chefs d'Etat ne soient que des écrivains maladroits, et Mandela aussi peut-être. On en pourrait mentionner d'autres aussi, mais ce n'est que parce qu'ils sont des chefs d'Etat, qu'on accepte de voir en eux des écrivains.



Thursday, April 29, 2021

     Je n'écris pas pour m'exprimer, ni pour communiquer mes opinions ou réflexions, encore moins pour partager mes angoisses et me frustrations, surtout pas pour m'exhiber, pour m'attarder sur mes fantasmes; j'en laisse le soin et l'humiliation à d'autres. Je ne suis, quant à moi, qu'un explorateur et, peut-être aussi, parfois un dé-couvreur. Il m'arrive aussi d'inventer, d'expliquer et de créer, voire de construire; peut-être et de réaliser ainsi des prouesses, mais ma tâche à moi consiste à essayer de soulever un coin du voile qui voile ce qui est dans toute sa splendide ou horrible nudité.  Si ce que j'écris blesse d'aucuns, la faute n'en est pas à moi, mais à la vérité.

Les actions sans les idées ne valent pas grand-chose, peuvent même être dangereuses; les idées, contrairement à certaines croyance reçues, ne peuvent pas, quoique pas avant un temps bien long parfois,  ne pas encourager les actions auxquelles elles conduisent.

Les idées mettent beaucoup de temps à naître et bien plus de temps encore à se propager, c'est pour cela que les acéphales concluet qu'elles ne servent de rien.

Il est très facile de ne rien comprendre à ce dont on n'a aucune expérience: il suffit d'être con. 

Comprendre, ce n'est pas encore connaître, c'en est peut-être le premier pas, même si on n'a fait que comprendre qu'on ne comprend pas.

 On croit aimer ou admirer quelqu'un, mais on n'aime que l'idée que l'on s'en fait, jusqu'à ce que l'on découvre, dans l'incrédulité et la confusion la plus totale, qu'on avait tout faux, mais on a alors si honte de soi que l'on préfère persister dans l'erreur pour n'avoir point à avouer, ni aux autres, ni à soi-même, que l'on s'est comporté comme un pauvre con.

Il ne faut jamais rien faire par obligation: c'est trop laid.

Vous êtes payés pour servir, pas pour bousculer les autres, alors bouclez-la.

Un flic, accusé d'assassinat, s'indigne et proteste, car, dit-il, il n'a fait que recourir à un usage raisonnable de la force, comme le font tous les jours tous les autres flics. Pour surprenant que cela puisse sembler à d'aucuns, bien des flics sont convaincus que leur métier consiste à tuer et il y a (presque) toujours des magistrats qui leur donnent raison.

Un anarchiste, ce n'est pas quelqu'un qui hait toute autorité; bien au contraire, l'anarchiste, le vrai, vénère l'autorité de la vertu et du savoir. Mais il déteste tout abus de toute autorité arbitraire, comme celle des institutions et des ploucs qui croient les gérer.

Ce qu'on appelle le droit coutumier n' a rien à voir avec le droit; ça relève plutôt de la doxa? Mais que voulez-vous qu'un flic ou un juge comprenne à la doxa?

Tous les policiers ne sont pas des flics, tous les juges ne sont pas de ivrognes, ni tous les magistrats corrompus, ni tous les professeurs des ignorants, mais bon nombre d'entre eux le sont.




 Il faut avoir de son père à soi une piètre image et une bien médiocre idée pour éprouver le besoin d'avoir une idole, un chef.

L'image du père, qu'elle soit positive ou négative, ne peut qu'être haïssable: on ressent le besoin d'admirer et d'aimer son père d'autant plus qu'il n'est ni aimable, ni admirable, ou d'autant plus qu'il est trop aimable et trop admirable.

Il est des sociétés d'où la figure paternelle est absente: c'est tant mieux et tant pis.

Quiconque désire ressembler à quelqu'un  désire au fond le tuer, le plus souvent symboliquement, tandis que quiconque  a horreur de ressembler à quelqu'un à qui il ressemble  pourrait très bien le tuer pour de vrai, mais c'est en ignorant que c'est à son propre meurtre qu'il procède.

La différence peut-être majeure, l'une des différences principales en tout cas entre les animaux et les êtres humains consiste probablement en ceci que ceux-là ne se savent pas plutôt autonomes et que ceux-ci savent - d'où leurs dénégations forcenées. qu'ils ne sont pas autonomes.

Je soupçonne les animaux (même les poissons) de ne pas aimer leur condition, mais de n'en rien savoir; les hommes aussi n'aiment pas leur condition, mais eux n'en veulent rien savoir.



 


Wednesday, April 28, 2021

 Le menteur, par exemple, aime à mentir, sait qu'il passe son temps à mentir, et il est logique qu'il nie être un menteur, parce qu'il ne peut être un vrai menteur que si on ne s'aperçoit pas de ses mensonges. Il n'est pas interdit, cependant, de s'étonner que quelqu'un puisse prendre plaisir à faire carrière dans le mensonge.

Un menteur qui admet être un menteur n'est pas vraiment un menteur.

Il y a des gens qui mentent pour le seul plaisir, sans espérer en tirer autre chose que le plaisir qu'ils y prennent. Je les trouve plutôt amusants, même s'ils ne sont pas moins irritants aussi quelquefois.

Les Romains, qui n'étaient pourtant que des paysans et des brutes, avaient le mensonge en horreur.: cela est fort admirable (au sens étymologique).

Il y a des gens qui mentent tout le temps, qui mentent tellement qu'ils ne savent plus si  et quand ils mentent ou disent le vrai: ce sont surtout des politicards, des baveux et des flics, des proxénètes et des gangsters.

Ce n'est pas mentir que de mentir en étant vraiment persuadé de dire la vérité, mais il est des gens à qui il faut jamais le dire: ils sont trop cons pour comprendre cela, mais comme on les craint d'habitude, on feint de les respecter. Et comme ils sont diablement cons, ils croient qu'on les respecte vraiment.


 Qu'est-ce qui est? Qu'est cela qui existe? Il n'y a pas que ce qui est présentement, ce qui est et continue d'être, quoique n'étant plus, et ce qui n'est pas encore, mais est déjà là, car au moins partiellement compris dans ce qui est, il y a aussi ce qui est en tant que n'étant pas: le non-étant est en ceci qu'il n'est pas et, de ce fait, participe, passivement certes, à la constitution de ce qui est.

Tout ce qui est est toujours, rien ne se perd, mais tout ce qui s'ajoute à ce qui est n'y ajoute peut-être rien, dans la mesure où si ce qui est est toujours tout ce qui est, tout ce qui n'est pas encore, y devrait être toujours déjà compris.

Si vivre, c'est être avec ce qui est, avec la totalité de ce qui est, toute la question, c'est de savoir comment être avec  ce qui est, avec tout ce qui est.

Etre avec quelqu'un, quelque chose, c'est peut-être ne pas se trouver dans son immédiate proximité, mais le laisser être tel qu'il est sans s'en laisser atteindre.

On est toujours à l'encontre de quelque extériorité qui vient, sans forcément venir à sa rencontre à soi et à la rencontre de laquelle on se rend sans même rien faire.

Ambivalence de toute extériorité qui  m'empêche d'être moi-même à moi-même, mais sans laquelle je ne puis prendre conscience de moi.