Le sujet humain naît et grandit dans un état de dépendance à peu près totale et, à considérer comment la plupart, la très grande majorité des êtres humains mènent, choisissent de mener ou acceptent (en raison de contraintes subies, voulues ou accueillies) de mener leur vie, on est comme obligé de conclure qu'il n'y a rien que les êtres humains (Dieu merci! il n'y a pas que des êtres humains sur terre) aiment tant que de végéter ou de se prélasser dans un état de dépendance, de servitude même. Faut-il y voir une forme de régression au stade infantile? Je tiens qu'il s'agit plutôt d'une forme de perversion due à l'humaine tendance à la paresse.
L'aspiration au confort, dont on pourrait, non sans raison, penser que c'est le propre des classes aristocratiques ou, même élevées---les aristocrates ne sont bien souvent que des aristocrates de l'argent---, la particularité de ceux qu'écoeurent les sordides mesquineries que le hasard sème sur les chemins de l'existence et auxquelles condamne l'absence de rigueur dans la conduite de sa vie à soi, n'est au fond et malheureusement peut-être qu'une litote servant à sublimer la paresse, voire la volonté de mort, d'autodestruction dont elle est l'expression foncière; mais que peut bien désirer le vivant d'autre que la mort?
Les êtres humains seuls se, d'une manière ou d'une autre, tuent eux-mêmes , mais pas les animaux, ni les plantes, qui, eux, meurent; du moins dans l'état actuel de nos connaissances.Est-ce la preuve de la supériorité de l'être humain par rapport aux autres vivants?
Il se tue, se donne la mort, mais c'est pour ne pas mourir, pour ne point subir passivement sa mort.
Qu'est-ce que la mort donnée---et non infligée---à soi-même sinon un acte suprême de libération, 'le seul acte réussi' disait Lacan après Freud.
On se veut d'autant plus libre qu'on se sait ne pas l'être: on aime bien substituer la comédie à la réalité, jusqu'à ce qu'on découvre autre chose.
Sunday, June 5, 2016
Friday, June 3, 2016
Le comportement humain est au moins souvent irrationnel, mais jamais incompréhensible et surtout pas inexplicable.
On peut expliquer et même comprendre, mais sans pour autant approuver ni, non plus, accepter.
Pourquoi s'étonner qu'un nigaud se croie intelligent? N'est-ce pas un nigaud après tout?
On balance des énormités le plus souvent parce qu'on est con; mais aussi par complaisance, et c'est peut-être plus grave encore.
Ils sont nombreux, très nombreux même à vouloir parler de ce à quoi ils n'entendent rien et ne peuvent rien entendre; que voulez-vous? Il faut bien qu'ils n'aient pas l'air trop con, mais malheureusement pour eux, ce n'est pas ce qui changera quoi que ce soit.
Le silence dans la discussion ne signifie pas que l'on n'ait rien à dire; pas toujours. On se tait bien souvent parce qu'on s'ennuie, parce qu'on n'en a rien à foutre et, surtout peut-être, parce qu'on se sent trop fatigué.
On peut expliquer et même comprendre, mais sans pour autant approuver ni, non plus, accepter.
Pourquoi s'étonner qu'un nigaud se croie intelligent? N'est-ce pas un nigaud après tout?
On balance des énormités le plus souvent parce qu'on est con; mais aussi par complaisance, et c'est peut-être plus grave encore.
Ils sont nombreux, très nombreux même à vouloir parler de ce à quoi ils n'entendent rien et ne peuvent rien entendre; que voulez-vous? Il faut bien qu'ils n'aient pas l'air trop con, mais malheureusement pour eux, ce n'est pas ce qui changera quoi que ce soit.
Le silence dans la discussion ne signifie pas que l'on n'ait rien à dire; pas toujours. On se tait bien souvent parce qu'on s'ennuie, parce qu'on n'en a rien à foutre et, surtout peut-être, parce qu'on se sent trop fatigué.
Thursday, June 2, 2016
On est toujours insuffisamment honnête et toujours trop malhonnête, mais on peut douter que tous ceux qui se disent honnêtes et tous ceux qui ne se devinent malhonnêtes soient d'accord.
Les gens diaboliquement malhonnêtes se doivent de penser que les autres ne sont pas moins malhonnêtes qu'eux. Quel réconfort cependant! Seuls ceux qui sont à l'extrême malhonnêtes s'en pourraient contenter.
Ceux qui sont malhonnêtes ne peuvent pas ne pas savoir qu'ils sont de véritables pourritures, mais ils ne savent pas qu'ils le savent, ou n'en veulent rien savoir.
Il ne faut croire sur parole toute personne qui se dirait allergique à la malhonnêteté, non qu'elle soit forcément malhonnête, mais parce qu'une personne qui entretient un idéal d'honnêteté n'éprouve aucunement le besoin d'en parler et parce que quiconque se dit allergique à la malhonnêteté peut très bien le faire pour des raisons que tout le monde peut deviner.
Il y en a pour qui la malhonnêteté est une expression d'intelligence et qui n'hésitent pas à s'en vanter. Ce ne sont que des fumiers, mais ils ne sont peut-être pas aussi méprisables que ceux qui les approuvent et les encouragent.
Faut-il rendre aux gens malhonnêtes la monnaie de leur pièce? Rien n'est moins sûr; le mépris devrait suffire, un mépris calculé et cruel, si le mépris n'était lui-même un objet de mépris.
Les gens diaboliquement malhonnêtes se doivent de penser que les autres ne sont pas moins malhonnêtes qu'eux. Quel réconfort cependant! Seuls ceux qui sont à l'extrême malhonnêtes s'en pourraient contenter.
Ceux qui sont malhonnêtes ne peuvent pas ne pas savoir qu'ils sont de véritables pourritures, mais ils ne savent pas qu'ils le savent, ou n'en veulent rien savoir.
Il ne faut croire sur parole toute personne qui se dirait allergique à la malhonnêteté, non qu'elle soit forcément malhonnête, mais parce qu'une personne qui entretient un idéal d'honnêteté n'éprouve aucunement le besoin d'en parler et parce que quiconque se dit allergique à la malhonnêteté peut très bien le faire pour des raisons que tout le monde peut deviner.
Il y en a pour qui la malhonnêteté est une expression d'intelligence et qui n'hésitent pas à s'en vanter. Ce ne sont que des fumiers, mais ils ne sont peut-être pas aussi méprisables que ceux qui les approuvent et les encouragent.
Faut-il rendre aux gens malhonnêtes la monnaie de leur pièce? Rien n'est moins sûr; le mépris devrait suffire, un mépris calculé et cruel, si le mépris n'était lui-même un objet de mépris.
Le philosophe essaie de comprendre, mais on croit qu'il cherche à expliquer, quand on ne se dirait que comprendre et expliquer, c'est, ce serait au fond la même chose.
On pourrait penser que pour expliquer, il faut avoir compris; c'est peut-être juste, peut-être seulement, mais encore faut-il que celui qui s'efforce de comprendre soit assuré d'avoir compris.
A moins qu'on ne soit d'avis que, pour comprendre, il faut d'abord expliquer ou s'expliquer; ce pourrait sembler l'évidence même, mais à la condition d'entendre expliquer non moins que s'expliquer au sens de se confronter avec, et l'on ne sera alors jamais tout à fait prêt à en finir avec l'exercice en question.
Que c'est rassurant, du moins pour certains, de croire, de penser qu'on a compris, qu'on a tout compris de préférence! Cela dispense de continuer de chercher à comprendre.
Pour comprendre, si tant est qu'on comprenne jamais quoi que ce soit, il faut s'éloigner, fermer les yeux et se boucher les oreilles, tout en gardant à l'esprit que même là on ne sera jamais sûr de comprendre.
Comprendre, c'est prendre avec; on le savait auparavant, mais il faut croire que depuis on a évolué.
On pourrait penser que pour expliquer, il faut avoir compris; c'est peut-être juste, peut-être seulement, mais encore faut-il que celui qui s'efforce de comprendre soit assuré d'avoir compris.
A moins qu'on ne soit d'avis que, pour comprendre, il faut d'abord expliquer ou s'expliquer; ce pourrait sembler l'évidence même, mais à la condition d'entendre expliquer non moins que s'expliquer au sens de se confronter avec, et l'on ne sera alors jamais tout à fait prêt à en finir avec l'exercice en question.
Que c'est rassurant, du moins pour certains, de croire, de penser qu'on a compris, qu'on a tout compris de préférence! Cela dispense de continuer de chercher à comprendre.
Pour comprendre, si tant est qu'on comprenne jamais quoi que ce soit, il faut s'éloigner, fermer les yeux et se boucher les oreilles, tout en gardant à l'esprit que même là on ne sera jamais sûr de comprendre.
Comprendre, c'est prendre avec; on le savait auparavant, mais il faut croire que depuis on a évolué.
Monday, May 16, 2016
De loin on voit mal, mais de près on ne voit rien.
On ne voit pas ce que l'on ne voit pas, personne n'en disconviendra, mais on ne voit pas non plus ce qu'on voit.
Avant le cinéma déjà, on savait que l'on ne voit pas, que l'on est incapable de voir ce qui est pourtant devant soi, mais le cinéma a certainement mieux souligné cette curieuse évidence qui continue à échapper à l'humaine attention la plupart du temps.
Le cinéma, même quand il se contente filmer l'événement, ne fait pas que le reproduire: il révèle à proprement parler l'événement, voire le produit: mais seuls les authetinques cinéastes et ceux qui savent lire en sont conscients, et ils ne sont pas nombreux.
L'oeil de la caméra ne fait pas que regarder et reproduire: il interprète, il lit et écrit, et cela réserve bien des surprises au cinéaste lui-même qui découvre que le vrai cinéaste, ce n'est pas lui.
Le cinéma est avant tout une écriture, mais seuls quelques rares cinéastes particulièrement courageux et exceptionnellement lucides s'y essaient.
On ne voit pas ce que l'on ne voit pas, personne n'en disconviendra, mais on ne voit pas non plus ce qu'on voit.
Avant le cinéma déjà, on savait que l'on ne voit pas, que l'on est incapable de voir ce qui est pourtant devant soi, mais le cinéma a certainement mieux souligné cette curieuse évidence qui continue à échapper à l'humaine attention la plupart du temps.
Le cinéma, même quand il se contente filmer l'événement, ne fait pas que le reproduire: il révèle à proprement parler l'événement, voire le produit: mais seuls les authetinques cinéastes et ceux qui savent lire en sont conscients, et ils ne sont pas nombreux.
L'oeil de la caméra ne fait pas que regarder et reproduire: il interprète, il lit et écrit, et cela réserve bien des surprises au cinéaste lui-même qui découvre que le vrai cinéaste, ce n'est pas lui.
Le cinéma est avant tout une écriture, mais seuls quelques rares cinéastes particulièrement courageux et exceptionnellement lucides s'y essaient.
Sunday, May 15, 2016
Il faut, pour songer à se battre pour la justice, savoir qu'elle est impossible, et la justice n'a de prix qu'à ce prix.
Il n'y a que les enfants et ceux qui, l'âge nonobstant, sont demeurés enfants, qui sachent refuser l'injustice: ils n'ont pas encore été corrompus par les autres, par la vie.
Les enfants ne savent pas être malhonnêtes; ils sont tout au plus égoïstes; mais parfois seulement, tandis que les adultes, quoique pas tous, savent être malhonnêtes tout le temps, et même quand ils cherchent à faire preuve d'honnêteté.
Une vie gâchée, dilapidée, salie, il n'y a rien de plus triste que cela.
Le courage est assurément la plus haute des vertus, mais le courage est rarement ce que l'on croit.
Ceux qui louent le courage dans l'adversité ne savent pas qu'il n'y a de courage que dans l'adversité.
Il n'y a que les enfants et ceux qui, l'âge nonobstant, sont demeurés enfants, qui sachent refuser l'injustice: ils n'ont pas encore été corrompus par les autres, par la vie.
Les enfants ne savent pas être malhonnêtes; ils sont tout au plus égoïstes; mais parfois seulement, tandis que les adultes, quoique pas tous, savent être malhonnêtes tout le temps, et même quand ils cherchent à faire preuve d'honnêteté.
Une vie gâchée, dilapidée, salie, il n'y a rien de plus triste que cela.
Le courage est assurément la plus haute des vertus, mais le courage est rarement ce que l'on croit.
Ceux qui louent le courage dans l'adversité ne savent pas qu'il n'y a de courage que dans l'adversité.
Si la politique traite du vivre ensemble, la métapolitique, en tant que dépassement de la politique, ne peut avoir pour champ qu'un vivre avec qui serait également un vivre sans.
Réaliser une bonne action dans l'espoir d'une récompense, c'est peut-être pire encore que de commettre une vilaine action.
Les victimes de l'injustice sont nombreux à rêver du moment où ils auront enfin la chance de brandir le fouet de l'injustice.
On souhaiterait que le pouvoir fût juste, mais le pouvoir ne se savoure que dans l'impunité et on ne peut avoir le sentiment de jouir de l'impunité que si l'on commet une action particulièrement révoltante.
La peine capitale appliquée à un criminel, mais pour un crime qu'il n'a pas commis, voilà qui pourrait convaincre de l'existence d'une justice suprahumaine.
Une indifférence savamment calculée et travaillée au point de passer pour de l'indifférence pure, c'est peut-être la forme superlative de la vengeance.
Réaliser une bonne action dans l'espoir d'une récompense, c'est peut-être pire encore que de commettre une vilaine action.
Les victimes de l'injustice sont nombreux à rêver du moment où ils auront enfin la chance de brandir le fouet de l'injustice.
On souhaiterait que le pouvoir fût juste, mais le pouvoir ne se savoure que dans l'impunité et on ne peut avoir le sentiment de jouir de l'impunité que si l'on commet une action particulièrement révoltante.
La peine capitale appliquée à un criminel, mais pour un crime qu'il n'a pas commis, voilà qui pourrait convaincre de l'existence d'une justice suprahumaine.
Une indifférence savamment calculée et travaillée au point de passer pour de l'indifférence pure, c'est peut-être la forme superlative de la vengeance.
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