Saturday, October 8, 2011

SAUF LE PAYS
A considérer, entre l’inquiétude et le ravissement, l’insistance quasi obsessionnelle que d’aucuns mettent à vouloir, à déclarer vouloir le pays, quel qu’il soit,mais pas forcément n’importe lequel-------------car on peut très bien souhaiter ,et il y en a qui ne s’en privent pas, que tel ou tel pays ne soit pas sauf--------------, le leur surtout, comme ils n’hésitent à l’affirmer,à croire qu’ils en sont les propriétaires, voire les seuls, les seuls légitimes en tout cas, sauf, on ne peut que se dire que le pays, il ne doit pas,il ne peut pas être sauf, qu’il est tout sauf sauf, et que donc ça chauffe pour le pays,vu que sinon, on n’aurait point à le vouloir sauf, à le vouloir sauver.Laissons de côté la question de savoir pourquoi tel ou tel pays ne serait pas sauf-----------elle ne manquera de resurgir n’importe comment,------------et faisons comme s’il était possible , non pas d’ignorer les dangers, réels ou imaginaires ,dont il serait menacé , mais de ne point se préoccuper de l’identité des agresseurs, des ennemis tant externes qu’internes qui, dans l’ombre non moins qu’en plein jour, avec la complicité tantôt inconsciente et discrètement forcée, tantôt éhontée et enthousiaste,mais toujours coupable, des uns et des autres, travaillent à le piller, à le détruire.Quoi qu’il en soit, un pays ne peut être sauf que si, d’une certaine manière, il n’est pas sauf,ou, si l’on préfère,on ne peut le vouloir sauf, sain et sauf, sauvé et sanctifié, saint quoi! que si sauf il n’est pas, ou menace de ne plus l’être, réellement ou non.Mais en même temps, à le vouloir ou à le laisser sauf ,le pays , à le , si c’était possible, laisser intact,on l’expose bien plus sûrement à tous les dangers.A moins que , même quand un pays est sauf, réellement sauf, on ne feigne des risques, on n’invente des périls,on ne simule des agressions , afin que la vigilance ne se relâche jamais par exemple, tout se passant comme s’il fallait qu’on se comportât comme si un pays, tout pays ne fût jamais sauf ,pour qu’il pût être sauf, sauvé.
On peut certes très bien,dans un souci de prudence et à titre préventif, penser qu’aucun pays n’est jamais entièrement sauf,est toujours insuffisamment sauf ,ou que tout pays est sauf sauf le sien, et que, par conséquent, il faut toujours mobiliser toutes les énergies pour qu’il soit toujours sauf.Et on n’aurait là rien à redire, si chacun y mettait du sien, si tout le monde consentait à, comme on dit,se sacrifier pour que le pays soit sauf, si tout le monde se comportait et agissait sauf le pays,sans porter atteinte au pays, sans en abîmer l’intégrité ou le potentiel.Tel n’est cependant jamais le cas; même dans les situations les plus extrêmes et dramatiques, ils ne sont pas tous à vouloir payer de leur personne et il en est même qui ne rêvent que d’en profiter, d’en tirer tous les bénéfices imaginables,alors que d’autres, encouragés , sinon contraints par ceux-là mêmes qui, ne faisant rien, ne travaillant même pas, ne songent qu’à récolter le fruit du labeur et du dévouement d’autrui ,se trouvent condamnés, quand ils ne se condamnent eux-mêmes, à passer leur vie à ruiner leur existence et celle des leurs.
Mais que veut-on dire au juste quand on affirme vouloir un pays, le sien par exemple, qui n’est pas toujours forcément le sien tout en étant le sien,mais pas que le sien qui n’en finit pas moins ,bien souvent, par être,comme on dit, le sien, sauf ?Et que, allant plus loin ,ou peut-être pas justement,on ajoute , dans un effort qui se voudrait généreux,mais qui n’est probablement que condescendant, sinon, pire, trompeur, d’explicitation, d’autoexplicitation, que l’on a pour souci majeur, pour seul souci,le bien du pays? Cette expression---------le bien du pays,-------mériterait à elle seule qu’on s’y très longuement arrêtât, mais faisons comme si nous savions, comme si l’on pouvait savoir ce qu’est , en quoi consiste le bien du pays, même si ladite expression est rituellement utilisée pour légitimer et valider un état de non-bien, de non-bien-être présent, voire permanent, au nom d’un bien futur,authentique celui-là ----------mais qui toujours à venir, ne se concrétise jamais-------, ce qu’on nomme régulièrement l’intérêt supérieur, sans doute parce qu’il y a ou y aurait des intérêts inférieurs également, du pays ,ce que l’on baptise du terme ,qui ,pour être énigmatique n’est pas moins propre à susciter l’approbation de tous, de presque tous, y compris celle de ceux qui ne sont pas nécessairement des nigauds, vu qu’il semble faire appel au bon sens même, de l’avenir du pays.
Cependant, le pays, ce n’est pas le pays lui-même, dans sa matérialité, encore que l’on puisse avoir en tête les ressources naturelles,lesquelles sont loin d’être aussi naturelles que l’on croit d’habitude,du pays,ses atouts comme on dit, mais qu’on n’hésite pas à dilapider et à détruire pour, dit-on, assurer le bien du pays,pour qu’il soit sauf; c’est plutôt, par métonymie, les habitants,peut-être même les natifs, qu’ils habitent le pays en question ou non,ou encore la population tout entière qui n’est pas composée que des autochtones, du pays.Le bien du pays, c’est le bien de ses habitants, de tous ses habitants, et un pays n’est sauf que si et quand tous ses habitants sont saufs et sauvés de tout danger, sont à labri de tout hasard.Mais très vite, la métonymie se transforme en synecdoque pour ne renvoyer qu’à une partie, et à une partie infime de la population,et la synecdoque elle-même a vite fait de prendre une valeur de catachrèse ou d’antiphrase,pour peu que l’on comprenne que le bien du pays -------------le pays sauf, quoi!--------------, ce n’est que le bien d’une partie de la population, lequel , se déclinant et se conjuguant avec celui d’agents et de facteurs étrangers ,voire hostiles,s’inscrit en fait aux antipodes de celui du pays, de ses habitants réduits à n’être que des esclaves, fussent-ils trop souvent consentants.
Sauf le pays ? Il ne s’agit point là d’une utopie;tout pays peut être sauf et tout habitant de tout pays peut être sain et sauf, à l’abri de toute forme de domination et d’exploitation.Il faut pour cela de l’honnêteté et du courage,celui de la réflexion et de la pensée surtout,sans lequel on ne comprend rien à la justice et à la dignité en général, et il ne s’agit pas que de celle des êtres humains.Les écrivains, les poètes ,les artistes, les philosophes, les intellectuels en général , surtout eux, mais pas seulement eux,car c’est véritablement l’affaire de tous,ont à cet égard une responsabilité immense.Grâce à un travail long, acharné et qui n’en finit jamais , de leur part, on pourra peut-être, un jour, ne point se trouver dans l’obligation d’accepter que tout puisse être sauf, sauf le pays.
Ramanujam Sooriamoorthy

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