Monday, October 31, 2011


On se trompe sévèrement si l'on croit pouvoir compter sur le sens de l'honneur que peuvent avoir les autres et que l'on essaie d'y faire appel, car la plupart des êtres humains n'ont manifestement aucun sens de l'honneur,ou alors se font de l'honneur une conception telle que cela n'a plus rien à voir avec l'honneur , ls acrobaties les plus époustouflantes nonobstant.

X , qui aimait la peinture,en pratiquait lui-même et y consacrait presque sa vie entière , doutait toujours , jamais assuré de la qualité de ses productions , que d'ailleurs il ne se hasardait à montrer qu'à quelques rares amis et non sans de longues hésitations,non sans de mortelles appréhensions même , d'être vraiment peintre et si rien ne le ravissait tant, le plongeant dans l'émerveillement le plus complet,que la vue,ou le simple souvenir,de certains tableaux de Velasquez, du Titien, ou encore de Delacroix, rien ,non,plus, ne le jetait dans le plus inquiétant désarroi, au point qu'il lui arrivait de se demander s'il ne ferait pas mieux de se contenter d'être fonctionnaire ou homme d'affaires,ou encore politicien,sinon voleur,mais toujours il se ressaisissait, soit que le souvenir de Velasquez l'incitât à s'améliorer,soit qu'il fût pris d'un sentiment de révolte à la pensée de ces médiocrités qui croyaient faire de la peinture et en lesquelles d'aucuns voyaient d'authentiques génies, et si de penser à Velasquez lui rappelait la nécessité de la discipline et du travail, de songer au sacre obscène ,qu'absolument rien ne saurait justifier, de peintres franchement nuls qu'il considérait ,dans l'effroi et l'indignation, comme de véritables dangers,lui remettait en mémoire la promesse qu'il s'était faite en prenant,adolescent commençant tout juste à s'enthousiasmer pour la peinture et à se passionner pour la vie des peintres ,connaissance de certains éléments de la vie de Van Gogh et de Modigliani,de ne rien épargner qui fût en mesure d'empêcher que des déchets fussent glorifiés, cependant que des oeuvres de génie,se heurtant à la sottise et à l'inculture, souffrent d'un manque de considération dont tout artiste débutant se fût lui-même probablement scandalisé ,promesse dont il s'était très vite rendu compte, dans une espèce de terreur qui semblait devoir le conduire à la folie pure et simple,qu'il ne la pourrait jamais, quoi qu'il fît, honorer,mais dont il se laissait également ,par moments, aller à penser qu'il en était ,en un sens,libéré, ne fût-ce que parce qu'il s'y était engagé dans un moment où , emporté par un élan tout juvénile ,il ne savait pas très bien ce qu 'il faisait vraiment , non qu'il ne continuât d'y acccorder une extrême importance, mais parce que ce qui mobilisait avant tout son attention et son énergie, c'était ce désir qui embrasait tout son être de porter à la lumière du jour des créations qui fussent presque comparables aux plus grands chefs-d'oeuvre connus,et ce désir ne cessait de le hanter,bien qu'il demeurât peu convaincu de sa capacité à donner une oeuvre qui fût véritablement digne d'intérêt.

Y ne s'enflammait peut-être pas moins que X pour la peinture ,mais,à la différence de ce dernier qui était d'une discrétion à peu près totale, il ne ratait jamais une occasion d'afficher sa passion débordante pour la peinture.De plus, il était persuadé au point que cela en devenait obscène de son immense talent qu'il tenait pour égal à celui des plus grands peintres.Il était certainement fort doué et maîtrisait comme personne les règles de la perspective et l'art du dessin . Etait-il pour autant peintre ? X en doutait qui trouvait que , malgré les dons évidents de Y,il n'avait su créer un tyle à lui, encore moins des couleurs dont on eût pu dire,à l'instar des jaunes de Van Gogh ou des verts de Baldung,pour ne mentionner qu'eux, qu'ils n'existaient pas jusque-là.


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